Les thématiques scientifiques adressées par l’ARC 8 s’inscrivent pleinement dans les enjeux industriels, socio-économiques et sociétaux actuels et ce, à tous les niveaux : européen, national et régional. Elles sont au cœur du développement pour une société durable.


 

La mondialisation comme phénomène structurant des évolutions économique, sociale et environnementale depuis bientôt un siècle, a certes pu avoir des effets positifs sur le développement des pays et le bien-être des populations mais, mal maîtrisée, elle a en retour généré des problèmes majeurs d’ordre environnemental, social, sociétal et économique auxquels il s’agit maintenant de répondre rapidement et efficacement.

 

La Commission européenne, dans le cadre de sa stratégie Europe 2020 a présenté un certain nombre de ces défis majeurs : sécurité énergétique, transport, changement climatique, rareté et gestion efficiente des ressources, santé et vieillissement de la population, production respectueuse de l’environnement, management des territoires. Trois grandes priorités ont été définies à partir de ces analyses (Europe 2020. A strategy for smart, sustainable and inclusive growth, 3.3 2010).

 

Il s’agit de promouvoir au travers de différentes initiatives :

 

- une croissance intelligente fondée sur la connaissance, l’innovation, la formation et les technologies de l’information et de la communication ;

- une croissance durable respectueuse de l’environnement et du bien-être des populations ;

- et une croissance inclusive qui protège les plus démunis, réduit les inégalités sociales et favorise l’égalité d’accès aux droits.

L’ARC 8 est construit pour répondre pleinement aux questionnements pour les croissances inclusive et durable et via l’innovation pour la croissance intelligente. Le programme scientifique proposé les structure en fonction des communautés scientifiques de Rhône-Alpes.

 

L’innovation, qu’il s’agisse d’innovation organisationnelle, de produits et de services, ou d’innovation sociale est au cœur de ces initiatives (Europe 2020 Flagship Initiative Innovative Union, 6.10.2010). D’autres leviers ont été identifiés dans le domaine de l’industrie durable (An industrial policy for green growth, 17.11 2010) et des politiques publiques et sociales (European platform against poverty ; Youth on the move). 

 

Ces actions sont soutenues par des programmes de recherche. L’ARC8 est concerné directement par les programmes NMP (Nano-matériaux-production), FoF (Factory of the Future) et SSH (Science-économie-société) du FP7. Ces programmes s’appuient sur des réseaux académiques et socio-économiques reconnus (Plateforme Manufuture, association EFFRA, Inequality Watch, …).

 

En France, la crise financière de 2008 a interrogé les moteurs de la croissance. Depuis le milieu des années 80, l’industrie n’était plus considérée comme une activité « rentable » et la délocalisation semblait être une évolution nécessaire au profit des services. Or, cette situation a eu des conséquences négatives sur la croissance.

 

En effet, l’industrie s’appuie sur de nombreuses activités de sous-traitance et de services : un emploi dans l’industrie génère deux emplois dans les services associés. Les Etats Généraux de l’Industrie ont dressé un panorama détaillé de la situation de l’industrie française. Elle ne représente plus que 16% du PIB (contre 19% en 2000) et environ 13% des emplois directs en 2008 contre 16% en 2000 (Etats Généraux de l’Industrie. Rapport final. 01.02.2010). Le politique s’est saisi de la question en lançant de nouveaux dispositifs de soutien aux entreprises, en particulier les PME fortement touchées par la crise financière de 2008. Il s’agit bien dans les discours actuels de replacer l’industrie au cœur de l’activité économique et de la croissance française. Mais il s’agit d’une autre industrie, celle du 21ème siècle qui permettra cette croissance durable dans un mode intelligent et inclusif pour reprendre les termes d’Europe 2020.

 

Dans cette perspective, de nouveaux programmes scientifiques sont lancés avec des concepts à creuser : éco-conception, économie de fonctionnalité, déterminants de croissance des PME, management de l’innovation, servicisation, écologie industrielle… L’ANR, elle-même, lance un atelier de réflexion prospective sur les systèmes de production du futur, domaine on ne peut plus interdisciplinaire. La proposition portée par le laboratoire G-SCOP au nom des réseaux nationaux AIP-PRIMECA et GDR MACS et de la société française de Génie des Procédés a été retenue il y a quelques jours. Des initiatives industrielles voient aussi le jour actuellement et montre bien la nécessité de think tank sur le futur industriel de l’Europe : la fabrique de l’industrie à Paris, l’institut confluences en Rhône-Alpes.

 

En matière de modèles de pilotage de l’action publique, trois dynamiques majeures sont au cœur des programmes scientifiques : 

 

La managérialisation de l’État

 

On le sait, les États ont en Europe engagé, à des degrés différents, des mouvements de réformes administratives : une « modernisation » des appareils bureaucratiques qui s’effectue au nom d’un impératif managérial. Il s’ensuit une impressionnante mobilisation, qu’elle soit académique ou associative, touchant tous les aspects de l’organisation du travail et étayée par de nombreuses initiatives : revues nouvelles, réorientations ou créations de centres de recherche, colloques, think tanks, etc. Cette dynamique a alimenté d’innombrables « réformes » : allégement réglementaire, promotion d’une gestion de « résultats », « planification stratégique », contractualisation, sous-traitance aux secteurs privé et associatif, privatisation ou établissement de partenariats avec le secteur privé, développement d’« agences de qualité », approche « participative »,, revendication d’une « coproduction » de l’action publique à travers l’e-administration, nouvelles technologies de la « prestation de services » aux citoyens, etc.

 

La transnationalisation des politiques publiques

 

L’européanisation de l’action publique a permis de mettre en évidence l’affrontement de styles sinon de modèles nationaux de gouvernement. Mais que sait-on de leurs conditions concrètes de fabrication ? Comment s’opèrent les recompositions au sein des instances communautaires, non pas tant du point de vue des groupes professionnels impliqués ou des circuits de légitimation éprouvés, mais bien des savoirs mobilisés et des réseaux scientifiques impliqués ?

 

La mise en concurrence des territoires de l’action publique

 

Il est banal de constater qu’avec la « mondialisation », le rapport des politiques publiques à l’espace se modifie. Ce qui disparaît, c’est, pour aller vite, le schéma d’une égalité des chances promue à l’échelle du territoire national, une égalité fondée sur un développement « équilibré » et sur le déploiement d’un service public centralisé. La concurrence entre les collectivités locales est ainsi de plus en plus vive. D’où toute une série de conséquences : déqualification des espaces et des groupes sociaux les plus dépendants du système industriel fordiste, retour des particularismes et des « revendications identitaires », surenchères sur le thème de la « proximité » du politique, etc.

 

La région Rhône-Alpes s’est clairement appuyée sur la stratégie Europe 2020 pour définir sa Stratégie Régionale de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation 2011-2015 : « La région Rhône-Alpes a lancé le 2 mars 2011 une réflexion destinée à aboutir à la constitution de 8 ARCs dont les thématiques devaient s’inspirer largement des enjeux sociétaux définis par la communauté européenne et du potentiel académique et économique de Rhône-Alpes et prendre en compte la dynamique de développement économique et social des territoires » (délibération du Conseil régional le 11 juillet 2011). L’ARC 8 de par ses thématiques répond ainsi pleinement au cahier des charges des communautés académiques de recherche.

 

De même, l’ARC 8 est en phase avec la Stratégie Régionale de Développement Economique et d’Innovation 2011-2015.

 

Il répond clairement à deux axes stratégiques sur trois :

 

•  soutenir le développement et la consolidation de l’industrie ;

 

•  impulser une dynamique solidaire et de mise en réseau des territoires dans leur stratégie de développement économique.

 

Parmi les 11 leviers identifiés pour mettre en œuvre ces objectifs, se trouve notamment des actions visant à « soutenir l’économie sociale et solidaire », à « renforcer la place des PME dans les pôles de compétitivité et les clusters » et à « accompagner les entreprises vers l’innovation ».
On est au cœur des problématiques de l’ARC 8 : le développement de l’économie réelle et d’une production propre amenant à s’interroger sur les nouveaux modes de production et de consommation d’une part, le développement des mécanismes de cohésion sociale et de citizenship amenant à s’interroger sur les nouveaux modes de développement social et les modes de gouvernement qui vont avec.

 

L’ARC8 accompagne aussi les initiatives régionales.

 

L’Institut Confluences « Penser et valoriser l’Industrie. Une volonté en Rhône-Alpes » est un think tank lancé par le CESER Rhône-Alpes en 2011 à la suite des Etats généraux de l’Industrie. Les observatoires des PME visent à comprendre pourquoi la croissance des PME françaises est plus faible que dans d’autres pays industrialisés. L’économie de service aux personnes renforce, elle aussi, la nature relationnelle des échanges économiques. Elle impose des dynamiques de co-production, ainsi que l’approche en termes d’externalités au-delà des résultats immédiats. L’économie sociale et solidaire peut alors être analysée comme participant à une régulation « socio-marchande » au sein des secteurs d’activité comme des territoires. Dans ce cadre, de nouvelles formes de travail émergent (entrepreneuriat collectif, entrepreneuriat social, multi sociétariat…) qui combine autonomie et interdépendance, engagement et subordination. De même, les politiques publiques, plus territorialisées et différenciées, stimulent le passage de la prise en charge à l’accompagnement des publics, alors que des associations tentent d’associer les personnes concernées à la définition des politiques publiques. Parallèlement se cherchent de nouveaux modèles économiques dans l’action sociale, les activités culturelles, la gestion de l’emploi sportif… par la concentration ou la mutualisation. Et de nouveaux modèles pour en piloter le déploiement à l’échelle territoriale.
 

 

L’ARC8 se trouve bien à la proue de ces évolutions et est à même de répondre à ces enjeux en s’appuyant sur un ensemble de compétences disciplinaires de haut niveau et en favorisant les rapprochements et fertilisations croisées entre ses acteurs pour une approche systémique des problèmes. Il s’appuiera en particulier sur les acteurs socio-économiques les plus pertinents dans leurs secteurs d’activité (pôle de compétitivité, organismes de soutien à l’innovation, acteurs publics et privés dans le domaine du social).